Le harcèlement, une souffrance difficile à partager


Compte rendu de la conférence de l’école des parents du 16/11/2017 sur le thème de :

« Le harcèlement, une souffrance difficile à partager. »


Intervention de Mme Virginie DUMONT, psychologue clinicienne et intervenante au sein d’une association de prévention des violences en milieu scolaire.

La réunion a eu lieu dans la salle des Académiciens au cœur de ville de Vincennes.


Définitions :

Harcèlement : une violence répétée et durable dans le but de nuire. Elle peut être verbale, physique ou psychologique. Elle est le fait d’une ou de plusieurs personnes à l’encontre d’une victime qui ne peut se défendre. On retrouve un déséquilibre de domination entre agresseur et victime.
(La notion de répétition et de durabilité peut être subjective. On part du principe que lorsqu’il y a souffrance de la victime, nous pouvons parler de harcèlement).

Le harcèlement se fonde sur le rejet de la différence et sur la stigmatisation de certaines caractéristiques, telles que :
  • L’apparence physique (poids, taille, couleur ou type de cheveux)
  • Le sexe, l’identité de genre (garçon jugé trop efféminé, fille jugée trop masculine, sexisme), orientation sexuelle ou supposée
  • Un handicap (physique, psychique ou mental)
  • Un trouble de la communication qui affecte la parole (bégaiement/bredouillement)
  • L’appartenance à un groupe social ou culturel particulier
  • Des centres d’intérêts différents
    Le harcèlement revêt des aspects différents en fonction de l’âge et du sexe.

Cyber-harcèlement : usage des différents outils de communication en ligne ou par téléphone dans le but d’insulter, humilier, harceler, répandre des rumeurs sur autrui.

Le cyber-harcèlement est à différencier du harcèlement présentiel car il peut faire davantage de « dégâts ». Il peut toucher un plus grand nombre de victime (10% en présentiel). En effet, l’anonymat facilite la désinhibition et le sentiment d’impunité.
Il peut donner un plus grand sentiment d’isolement, d’insécurité, d’auto-culpabilité. Le cyber-harcèlement toucherait plus les jeunes filles.
Néanmoins, il est important de souligner que le cyber-harcèlement est toujours en corrélation avec un harcèlement présentiel.

L’estime de soi passe par :
·         L’acceptation de soi donc la connaissance de soi
·         Conscience de ses forces et ses faiblesses. Et savoir s’appuyer sur ses forces
·         Savoir écouter ses émotions
·         Savoir utiliser ses émotions
·         Savoir maitriser ses pulsions
·         Apprendre à se fixer des bornes
·         Accepter les limites des autres
·         Être solide face au jugement des autres
·         Accepter que les autres se trompent sur nous
·         Accepter les conflits
·         Accepter de négocier
·         Être réaliste

 
Quelques notions concernant le développement de l’enfant et de l’adolescent :

L’être humain est un individu social. Il est équipé génétiquement de capacités sensorielles qui lui évite l’isolement.

Le bébé : c’est un être quasi-exclusivement sensori-moteur. Nous naissons avec nos 5 sens qui nous permettent de rentrer en communication de temps en temps puis de plus en plus souvent.
Le bébé est en position de toute puissance car nous répondons à ses besoins.
Ensuite, les frustrations imposées par l’adulte aident l’enfant à se construire par rapport à lui même et par rapport aux autres.

La petite enfance : vient le temps de la marche, du langage et de ce fait la pensée.
Les interdits permettent de développer des qualités d’adaptation.
Arrive alors le début de la notion du regard de l’autre vers 2 ans.

3 à 5 ans : les jeux changent. C’est le temps des « super héros ». Non seulement ils sauvent le monde mais en plus il ont le droit et même parfois le devoir de braver tous les interdits !
L’enfant se construit en comparaison aux héros.
Il y a moins de mimétisme des adultes. Se développe le schéma corporel avec la question « c’est quoi être une fille, c’est quoi être un garçon ? »
A ces âges, il n’existe pas de stabilité de genre. Une petite fille a qui l’ont voudrait couper les cheveux peut craindre de devenir un garçon par exemple.

6 à 12 ans : entrée en primaire. L’enfant doit être capable de se conformer à vivre en collectivité, de suivre les règles de bonne conduite et de respect de l’autre. Moins évident depuis une dizaine d’année à cause du « moi d’abord ».
Ce qu’on appelle âge de raison à 7 ans correspond au respect des règles. Les mêmes règles pour tout le monde (cf : jeux de société).
C’est aussi un moment d’excitation et de vacarme en continue. Sur sollicitation à l’école, à l’extérieur etc. L’importance des rituels de coucher est encore présente.
Arrive également le sens de la justice (« c’est pas juste »), l’âge des amitiés véritables etc.

12 à 15 ans : adolescence pubertaire.
C’est une transition dans tous les fonctionnements ce qui devient complexe pour les adolescents et les parents (ainsi que les fratries).
Une jeune fille change de forme. Ce qui explique que l’on constate davantage de chute d’estime de soi chez elles.
L’issu dépend de l’accompagnement par les adultes et les paires.
C’est une période de stress, d’inquiétude sur ce que l’on va devenir et en premier physiquement parlant.
Ce stress exacerbe les peurs, doutes et fragilités. L’adolescence fait ressortir les doutes infantiles.
La question éducative est quasi terminée (se termine vers 10/12 ans). C’est le groupe qui prend le relai.
Les adolescents se modélisent entre eux, ils ne s’éduquent pas. C’est pourquoi en prévention, il peut suffire d’un ou deux éléments qui disent stop pour que la modélisation change.
« Le meilleur moyen de survivre pour un adolescent c’est le groupe, le groupe est identitaire ».
Ce que dit le groupe est plus important que ce que dit l’adulte, même si l’adolescent sait que l’adulte a raison.
On retrouve aussi la question de la maitrise de la pulsion.  Qu’en fait on ?
On saute sur tout le monde, on hurle, on fait mal à d’autre, à soi ? Comment la contrôle t on ?


Les signes de souffrance :

Attention, les signes ne sont que l’exacerbation de phénomènes normaux à l’adolescence.
·         Changement d’attitude
·         Isolement
·         Troubles du sommeil
·         Somatisation
·         Troubles de l’alimentation
·         Décrochage scolaire

La souffrance créée est difficile à partager car l’enfant (plus particulier l’adolescent) se sent coupable. L’estime de soi est attaquée. (Les agresseurs sont bien souvent en manque d’estime et basculent du coté de la surestime.)
Chez les adolescents « si on raconte à l’adulte on est un bébé donc surtout ne rien dire à l’adulte ».
L’enfant peut d’ailleurs ne pas se rendre compte de suite qu’il est en souffrance car beaucoup de faits sont banalisés et normalisés.

C’est à nous, parents, d’être attentifs. Il faut aussi savoir que les parents ne sont pas les seuls adultes dans l’entourage de l’enfant (grands parents, oncles, tantes, enseignements, CPE, professeurs de sport etc.). Si un parent a un doute, il faut qu’il aille demander l’avis ou alerter d’autres adultes. Même si le doute n’est pas fondé.
Il faut créer une courroie de protection autour de l’enfant qui le sentira.

 
Quelques solutions évoquées :

·         Il faut éviter quelques phrases comme :
« Qu’as tu fais pour te retrouver dans cette situation ? » cela renforce le sentiment de culpabilité
« Ne les écoute pas on s’en moque de ce qu’ils pensent » l’image du groupe est essentielle à l’adolescence
·        Être vigilent et non surveillant.
·        Faire avec : balade, cinéma, sortie, sport, cuisine etc. en famille et juste avec un enfant.
·        Écouter. Être capable de s’arrêter de faire ce que l’on fait pour écouter. L’enfant demandera forcément à des moments où nous ne sommes pas disponibles. Ce n’est pas un test volontaire, mais il testera notre capacité d’écoute à tout moment.
·       Être capable de rentrer dans leur monde, de s’intéresser à ce qu’ils aiment.
La question de la télé réalité a été évoquée. Être capable de regarder avec eux une fois et d’en discuter ensemble après. L’important face à ce genre de programme est que ce ne soit pas la seule « culture » proposée. S’ils en parlent entre eux à l’école et qu’un élève n’y a pas du tout accès, cela peut l’exclure du groupe.
·        Il faut renvoyer une image positive à son enfant en le valorisant.

 
Liste non exhaustive de ressources existantes :

·         Numéro de téléphone le 3020
·         « stop au harcèlement »
·         Au carré à Vincennes, il y a une permanence d’un psychologue
·         Voir le travail de Serge TISSERON qui a développé entre autre un « jeux des 3  figures ».
·         www.epe-idf.com    le site de l’école des parents d’île de France
·         www.educationfrancetv.fr
·         www.cairn.info

 
Et l’école

L’éducation nationale a l’obligation de mettre en place un certain nombre de choses afin de lutter et de prévenir le harcèlement et cyber harcèlement en milieu scolaire.
(Une intervention d’un spécialiste est payée soit par la ville, soit par la coopérative scolaire en fonction des conventions).


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