- Intimité de l'enfant : entre découverte et consentement
COMPTE-RENDU DE LA CONFERENCE DE L’ECOLE DES PARENTS
DU 8 OCTOBRE 2020
« INTIMITE DE L’ENFANT : ENTRE DECOUVERTE ET CONSENTEMENT »
Animée par Sara BIASETTO, psychologue pour enfants, adolescents et leurs parents
Préambule
Sara BIASETTO a souhaité que cette conférence donne lieu à un échange continu avec les parents, et non à un monologue. Les parents pouvaient poser leurs questions dès le début de la conférence puis Sara BIASETTO y a répondu au fil de la conférence.
Les questionnements des parents portaient sur la manière d’aborder la notion de consentement (plutôt en rapport avec la sexualité).
Certains professionnels médicaux, paramédicaux et des enseignants étaient présents.
Sara BIASETTO a rappelé l’importance de la bienveillance envers les autres participants et envers nous-même.
1/ Le corps et l’intimité
Etymologie du mot « intimité » : vient du latin intimus qui signifie « profondément à l’intérieur ».
A quel moment l’enfant commence à avoir besoin d’intimité, quand devient-il pudique, quand devient-il gêné de montrer son corps ?
La pudeur se développe généralement entre 4 et 7 ans.
Toutefois, différents stades précèdent cette étape de la pudeur chez l’enfant :
Vers 10-15 mois : l’enfant découvre son corps dans sa globalité ;
Vers 2 ans : l’enfant commence à être curieux du corps d’autrui, des différences entre les personnes, notamment sur la taille : c’est l’apprentissage de la différence ;
Vers 3-4 ans : l’enfant veut faire « tout seul », il ne veut pas qu’on le regarde faire ou qu’on l’aide. La pudeur et l’intimité génèrent des émotions complexes telles que la honte et la gêne. Les enfants se rendent compte de leur environnement, de leur entourage.
Mais ils n’ont aucune compétence cognitive pour comprendre que les autres pensent différemment de lui : C’est « la théorie de l’esprit » (différent de l’empathie) qui correspond à la capacité à inférer des états mentaux à autrui, comme des croyances, des désirs, ou des intentions. Elle permet ainsi d’interpréter, de prédire et d’anticiper les comportements et s’avère indispensable à la régulation des interactions sociales.
A partir de quel moment le corps de l’enfant lui appartient ? (illustré par une seconde photo intitulé « Son corps lui appartient » avec un panneau tenu par un enfant « ne pas déranger »).
Plus largement, ce n’est pas seulement son corps qui lui appartient mais également ses pensées, son comportement, etc… On parle alors d’intégrité corporelle (le corps qui appartient à l’enfant) mais également d’intégrité physique, psychique, etc…
Exemple concret : quand arrêter de prendre le bain avec son enfant ?
L’idée est d’observer son enfant, de prendre en compte ses besoins et celui du parent.
Quand je me comporte d’une certaine manière avec mon enfant (par exemple prendre ou pas mon bain avec lui) ou quand je lui dis quelque chose (par exemple, ne te promène pas nue dans la maison car cela nous dérange), il faut se poser cette question « que veux-je vraiment dire à mon enfant, que veux-je vraiment lui communiquer, lui faire comprendre » ? Ce sont des messages implicites que l’on envoie à nos enfants.
D’ailleurs, il est important ici de souligner la signification des mots « enseigner » et « éduquer » :
Le mot « enseigner » : mettre dedans, mettre dans le corps, dans l’esprit ;
Le mot « éduquer » : mettre dehors, à l’extérieur, tiré du corps, de l’esprit.
Il faut faire confiance à son enfant pour lui apprendre à avoir confiance en ses sensations.
Par exemple, quand mon enfant me dit « je n’ai plus faim », ou « je ne veux pas mettre mon manteau » alors qu’il fait froid, comment réagir, que dire ? Peut-on pour autant le laisser complètement libre et le laisser décider ?
Si le parent a une confiance totale en son enfant sans jamais lui donner de limite, il faut se demander quel est le message qu’on envoie à son enfant ?
Si le parent impose sans jamais écouter les besoins exprimés par l’enfant, quel est encore le message envoyé ?
Qu’il ne connaît pas son corps ?
Qu’on sait mieux que lui ?
On peut aussi lui expliquer les conséquences de sa décision et lui laisser faire son expérience. Les enfants peuvent réfléchir et connaître les sensations de leurs corps. C’est l’intelligence émotionnelle.
En effet, l’enfant doit s’habituer à faire confiance à ses sensations, il faut l’entraîner.
Il doit pouvoir reconnaître ses émotions, c’est néanmoins au parent de lui montrer les limites (santé, protection etc.).
L’idée de « l’alarme » dans le corps quand quelque chose ne va pas, quand l’enfant sent que la sensation ressentie le gêne, que quelque chose d’anormal s’est passé est très importante, nous devons être attentif à ce ressenti.
2/ le consentement
Définition du mot « consentement » : Action de donner son accord à une action, à un projet.
Etymologie du mot « consentement » : « con » : avec et « sente » : sentir -> ressentir ensemble
Céder n’est pas consentir.
Cette définition a été illustrée dans la vidéo intitulée « le consentement et la tasse de thé » : https://youtu.be/S-50iVx_yxU
Se mettre à la place d’autrui
On peut entraîner son enfant à se mettre à la place d’autrui, en le rendant attentif à la lecture des expressions faciale, verbale, corporelle (les postures du corps) d’autrui, pour qu’il se rende compte par lui-même de ce que ressent autrui. Ne pas dire « NON » ne veut pas forcément dire « OUI ».
Cela permet à l’enfant de le rendre autonome dans ses pensées. « Apprends-moi à faire seul » selon l’adage de Maria Montessori.
Par exemple, mon enfant fait un câlin à un copain dont le corps s’est prostré.
On peut lui expliquer que la posture corporelle de son ami indiquait clairement qu’il ne voulait pas de câlin.
Ne pas forcer l’enfant à avoir un comportement tactile.
L’exemple de « doit on obliger son enfant à faire un bisou pour dire bonjour » a été « étudier ». Doit-on forcer ou apprendre la politesse comme moyen social de communiquer avec autrui ? Le bisou est il le seul moyen de se dire bonjour ?
On a le pouvoir sur nos enfants mais attention à ne pas le forcer à faire des câlins, des bisous s’il n’en a pas envie, et ce même avec ses parents ! (exemple le soir en rentrant du travail) On ne force pas. Sinon, l’enfant va se sentir obligé de faire un bisou et cela va générer en lui un sentiment de culpabilité « je rend triste mon parent si je ne lui fais pas un bisou ». L’enfant ne doit pas se sentir à la disposition d’autrui.
On peut aussi transposer cette idée avec la prise de photos et d’images non consentie.
Il est important d’apprendre à son enfant à dire non sur sa volonté d’avoir ou non un câlin, un bisou, une caresse…
Si quelqu’un te touche, tu as le droit de dire non, quelle que soit la personne. Autrui doit respecter ton corps.
Regardons ici La bande dessinée illustrée par Elise Gravel intitulée « Le consentement expliqué aux enfants »
Poser des limites en leur proposant un choix fermé
Les enfants ont besoin de limites que les parents doivent poser pour se sentir en sécurité. Sinon, l’enfant avance trop doucement en ayant peur de « tomber ».
Métaphore du « pont » : on imagine l’enfant sur un pont.
S’il n’y aucune barrière tout le long du pont, certes l’enfant avancera mais tout doucement en ayant constamment peur de tomber. Alors que si le pont est bordé de barrières tout du long, l’enfant avancera mieux car il se sentira en sécurité. Il appartiendra alors au parent d’ajuster la hauteur des barrières. Ceci dit, trop de limites n’est pas bon non plus pour l’enfant.
Ce qui peut être bien, c’est de laisser les enfants libres dans un cadre défini, de leur laisser un choix fermé avec 2/3 propositions.
Par exemple, pour signifier un bonjour, tu peux faire, soit un bisou, soit dire bonjour, soit faire un coucou de la main.
L’enfant prendra ainsi confiance en lui, il ressentira sécurité et protection.
Quand l’enfant pousse les limites avec ses parents, c’est pour vérifier la stabilité du « pont ».
Verbaliser les parties intimes du corps
Il est d’ailleurs important de rappeler qu’il faut verbaliser correctement les parties intimes du corps, bien les nommer pour éviter les tabous.
Au lieu de dire « zizi », etc…, il convient plutôt de dire pénis, vulve, etc…
Cela signifie aussi que ce sont des parties importantes de notre corps, il faut avoir les bons mots pour ne pas être gêner et être libre d’en parler. Un coude n’a pas de surnom comme peuvent l’avoir les parties intimes.
La question du compromis et du regard des autres
Sur le consentement, le parent peut apprendre à son enfant la différence entre consentement et le fait de céder : « tu le veux parce que tu en as envie, c’est un besoin ou pour rendre l’autre content sinon tu te sens coupable » ?
C’est mon besoin contre ton besoin -> question du compromis, ainsi que celle du regard des autres.
On a le droit de céder pour faire plaisir mais sans culpabilité. Le consentement doit toujours être présent.
Nous pouvons l’expliquer avec une métaphore en parlant de jeu. Entre enfants, ils ne veulent pas toujours jouer au même jeu. Personne ne doit forcer un copain à jouer à tel ou tel jeu si le copain n’en a pas envie.
Voici un lien d’une vidéo du « consentement expliqué aux enfants - ASK » : https://youtu.be/S70PvCqtXwU
Le consentement et le corps médical
A été abordée en fin de conférence la question du consentement des enfants avec le corps médical (médecins, kinésithérapeutes, etc…).
Comment le personnel soignant peut obtenir le consentement d’un enfant lors d’une consultation ?
Le thérapeute doit faire signer un consentement éclairé, mais c’est le responsable légal qui le signe. Comment s’assurer du consentement de l’enfant lui même ?
Le parent peut déjà prévenir son enfant en anticipant la visite médicale, en lui expliquant le processus chez le médecin. Il peut ainsi lui expliquer qu’il faudra se déshabiller, répondre à des questions.
Le parent et le personnel soignant peuvent aussi lui expliquer que la consultation est importante pour préserver sa santé.
Soyons vigilants à écouter et à recueillir les questions et les émotions de l’enfant : « oui ça peut être douloureux, oui ça peut être gênant », mais en ayant toujours en ligne de mire que c’est pour sa santé.
Les médecins n’ont pas tous cette notion, ils sont dans leur objectif de soin. Le patient choisi son thérapeute, il ne faut pas hésiter (en toute bienveillance) à poser des questions si quelque chose n’est pas clair.